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Opéra Maryaj Lenglensou

Spectacle en plein air

Publié le lundi 3 juillet 2006, par Animation Telecentre

Il y avait beaucoup de monde au Champ de Mars samedi soir, premier juillet, pour assister à « Le mariage de Lenglensou », un opéra haïtien et, selon Rassoul Labuchin, « le premier opéra nègre en Haiti ». C’est à partir d’un livre de Rassoul Labuchin et la mise en musique par Ipharès Blain, que cette œuvre plutôt tragique a été réalisée et a finalement été présentée au grand public. Les musiciens, les décorateurs, les techniciens ont travaillé très dur pendant plusieurs mois pour pouvoir présenter avec fierté leur spectacle.

“Lenglensou” est un esprit vaudou dont l’histoire est liée à la violence et la tragédie sans fin que connaît Haïti depuis l’arrivée des colons (1492). Et l’histoire sur laquelle se base l’opéra n’est pas beaucoup moins sanglante.

Badjo, un paysan du Village de la Paix se voue à l’église : il est sacristain ; et c’est grâce a ses multiples dévouements que sa paroisse marche bien. Sa mère, femme paisible, ennemie farouche du sang et de la violence, constate, depuis quelque temps, que son fils s’absente de plus en plus de la maison, et s’inquiète. Sur sa chaise à bascule, elle attend tous les jours son fils qu’elle n’a pas revu depuis belle lurette.

C’est l’événement du jour quand elle le voit arriver. Et quand Badjo annonce son amour pour Rose, une jeune femme du village d’à coté, elle en est contente. Elle témoigne cependant quelques réticences. Il faudra vite, pense-t-elle, qu’elle rencontre le père de Rose pour conclure le mariage de son fils avec sa fille. Badjo n’a rien contre, et a été chez le père pour lui annoncer que sa mère n’attend qu’une invitation de lui pour le visiter.

Apres le départ de Badjo, la voisine qui suivait la conversation entre la mère et le fils s’introduit dans la maison. Elle révèle à la mère des secrets que cette dernière ignorait. Que Léon, d’ailleurs le meilleur ami de Badjo, chef policier du village et descendant d’une lignée de grands propriétaires fonciers, était follement amoureux de Rose. Que cette dernière hésitait à l’accepter. Qu’il a épousé sa cousine juste pour continuer à maintenir des liens avec Rose. Que Badjo n’en a toujours rien su, sinon le jour même de son mariage, quand sa fiancée a été enlevée par son meilleure ami Léon.

Deux voyeurs a distance racontent le duel de Badjo et de Léon aux habitants du village au moment même ou ils s’entretuent a coups de couteau, a coups de bâton et de pierres.

Le mariage n’aura pas lieu. Les amoureux sont morts dans le sang. La mère reproche ce malheur à Rose, l’impardonnable, qui, selon elle, en est l’unique responsable.

Rose se croyait sincère dans son amour pour Badjo et est vexée de n’avoir jamais été comprise par la mère de son fiance, se suicide pour rejoindre les deux amoureux. C’est Baron Samedi, lui-même, qui ouvre les portes du néant.

La mère dans sa chaise à bascule, accompagnée de sa voisine, médite sur tout le sang versé dans le Village de la Paix.

Cet opéra de Rassoul Labuchin et de Ipharès Blain veut collaborer au niveau culturel à la lutte contre la violence en Haïti. Il sera présenté en province pendant quelques semaines.